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Lionel Jospin, le paradoxe d'un Premier ministre socialiste auteur de 31 milliards d'euros de privatisations

Ce 22 mars 2026 est survenu un événement qui continue de secouer la France. En effet, il s'agit du décès de Lionel Jospin à l'âge de 88 ans. Ce qui remet en lumière un épisode marquant de son passage à Matignon. Premier ministre de Jacques Chirac entre 1997 et 2002, dans un contexte de cohabitation, il reste le chef de gouvernement ayant généré le plus de recettes issues de privatisations. Bien sûr, chiffré à 31 milliards d'euros, un chiffre qui tranche avec l'image d'un dirigeant socialiste associé aux 35 heures, à la CMU ou encore au Pacs. Ce montant dépasse largement les 22 milliards d'euros engendrés sous le gouvernement Balladur entre 1993 et 1997. Ce paradoxe économique, rarement rappelé au premier plan, s'explique par une série d'ouvertures de capital majeures.
France Télécom, une ouverture de capital historique
La privatisation de France Télécom constitue l'opération la plus emblématique. Dès 1996, son président Michel Bon affirmait : "L'ouverture du capital de France Télécom est possible dès la mi-avril 1997." Pourtant, durant la campagne législative de mars 1997, Lionel Jospin, qui a contribué au progrès des séniors, promet que l'entreprise sera "renationalisée" en cas de victoire de la gauche. Quelques mois plus tard, le cap change. Dominique Strauss-Kahn et Christian Pierret annoncent "l'ouverture rapide du capital de France Télécom, la cotation [en Bourse] devant permettre à l'entreprise de disposer à brève échéance d'une valeur de marché lui permettant de se comparer à ses partenaires et à ses concurrents".
En octobre 1997, 23,2 % du capital sont introduits en Bourse à 182 francs l'action. Près de 3,9 millions de particuliers souscrivent. L'État encaisse 42,6 milliards de francs, soit 6,5 milliards d'euros. Une seconde opération en 1998 rapporte encore 35,7 milliards de francs. Plus tard, le rachat d'Orange en 2000 pour 40 milliards d'euros transforme l'opérateur, devenu Orange en 2013.
Air France et l'adaptation à la concurrence
Dans la foulée, l'ouverture du capital d'Air France en 1999 marque une autre étape décisive. Michel Rocard justifiait alors cette évolution. Interrogé par Jean-Pierre Elkabbach, qui lançait : "Un ministre communiste d'un gouvernement de gauche ouvre le capital d'Air France et s'en réjouit. Si on vous l'avait dit !", Jean-Claude Gayssot répondait qu'il fallait "se débarrasser de positions étroites et quelquefois étatiques que nous avons eues, en particulier dans ce domaine" et ajoutait :
"Lorsque c'est nécessaire, il ne s'agit pas de rester figés sur des dogmes. Il faut voir ce qui est le plus utile, non seulement à l'activité économique, mais également au progrès social." L'État réduit alors progressivement sa participation, notamment après la fusion avec KLM en 2004 pour former Air France-KLM.
Thomson-CSF, banques et débat relancé
Par ailleurs, la privatisation de Thomson-CSF en 1997, devenu Thales en 2000, ainsi que celles du Crédit Lyonnais, du GAN et du CIC, complètent ce cycle. Enfin, en 2025, François Bayrou estimait que "dans certaines, la participation de l'État pourrait être diminuée, sans réduire son influence", précisant que "le patrimoine ainsi dégagé" pourrait servir à "aider à de grands programmes de recherche".
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