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"Jamais laisser une femme seule avec Patrick Bruel", ces témoignages du cinéma qui changent le regard du public

Sur certains plateaux de tournage, la consigne circulait presque comme une règle de sécurité : "il ne fallait jamais laisser une femme seule avec Bruel. Jamais." L’affaire visant Patrick Bruel, chanteur et acteur de 67 ans, a pris une nouvelle dimension quand ces avertissements internes au cinéma français ont commencé à remonter à la surface. Pour un public qui voyait surtout l’interprète de Qui a le droit, ces récits de coulisses changent brutalement le cadre. L’affaire Patrick Bruel s’est d’abord construite à bas bruit, au fil de deux enquêtes publiées par Mediapart et le magazine Elle, puis d’une trentaine de témoignages de femmes en France, en Belgique ou au Canada, souvent autour de concerts ou de rencontres en privé.
Des avertissements sur les tournages à la libération de la parole
Dans un article relayé par le magazine féminin Marie Claire, une influenceuse expliquait que, sur un tournage où Patrick Bruel figurait au casting, "la production a prévenu les silhouettes et la figuration qu'il était problématique et de ne pas se retrouvent seules avec lui". D’autres professionnels du secteur confirment les mêmes mots d’ordre en privé relayés par Télé Star : "Mon mec qui bosse dans le cinéma avait aussi entendu cette consigne", rapporte une internaute, quand un autre témoigne que, dix ans plus tôt, "sur les plateaux de tournage, il ne fallait jamais laisser une femme seule avec Bruel. Jamais. Tout le monde savait."
Ces phrases dessinent un paysage familier pour celles et ceux qui travaillent dans le milieu : recommandations discrètes, portées de régisseur en régisseur, de directrice de casting à équipe de figuration. Elles s’ajoutent aux récits compilés par le médecin et écrivain Baptiste Beaulieu, qui dit avoir reçu "plus de trente femmes qui ne se connaissent pas, des Espagnoles, des Belges, des Françaises, qui décrivent pourtant le même mode opératoire". Les plaintes déposées en France sont aujourd’hui regroupées au parquet de Nanterre, tandis que d’autres procédures existent à l’étranger.
"On le sait depuis des années" : la charge sans filtre de Lio
La chanteuse Lio, figure de la pop francophone, a mis des mots crus sur ce que beaucoup décrivaient comme un secret de Polichinelle, selon Paris Match. Interrogée par le quotidien régional La Voix du Nord avant un concert, elle affirme à propos de Patrick Bruel qu’on le sait "depuis des années" et estime qu’il a "un problème". "Qu'il aille se faire soigner !", lâche-t-elle, comme l’a rapporté l’hebdomadaire belge Soirmag, avant d’ajouter : "Il faut lui apprendre à rentrer son sexe, je suis désolée, il a un problème."
Lio dit vouloir "apporter sa pierre à l'édifice" en soutenant toutes les démarches symboliques pour limiter la glorification de l’artiste : "Je ne peux plus supporter tout ça, donc je signe toutes les pétitions pour qu'il n'y ait pas de rue qui porte son nom." Ces prises de position tranchent avec l’image longtemps consensuelle d’un chanteur remplissant les salles, y compris au théâtre ou lors de tournées anniversaires.
Un regard public pris entre nostalgie et malaise
Au fur et à mesure que les témoignages issus du cinéma se mêlent aux plaintes pour viols, tentatives de viols et agressions sexuelles, le public se retrouve face à une dissonance : des chansons qui ont accompagné des générations, et, en face, le récit d’un "problème" dont des professionnels affirment qu’il circulait depuis longtemps. Les enquêtes préliminaires en cours, notamment à Nanterre, devront éclaircir les faits. En attendant, cette petite phrase de plateau, "jamais laisser une femme seule avec Patrick Bruel", devient pour beaucoup le symbole d’un avant et d’un après dans la façon de regarder l’artiste, mais aussi le fonctionnement du cinéma français.
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