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Florent Pagny : "Des migrants descendus des bateaux", sa voisine indigène brutalement honnête sur la politique européenne

Depuis plus de vingt ans, Florent Pagny partage son existence entre la France et la Patagonie argentine. C'est dans cette région sauvage, située à l'extrême sud de l'Amérique du Sud, que le chanteur a choisi de construire une partie de sa vie familiale avec son épouse Azucena Caamaño.
Florent Pagny : sa vie en Patagonie argentine
Loin du tumulte médiatique, l'interprète a souvent expliqué combien cette terre immense lui avait offert un rapport différent au temps, à la nature et aux autres. Mais derrière les paysages grandioses de cette région se cache aussi une histoire complexe, marquée par les revendications des peuples autochtones. Parmi les voix qui se font entendre figure celle de Moira Millán, militante mapuche argentine engagée dans la défense des droits des communautés indigènes. Dans son ouvrage Terricide, elle dénonce les appropriations de terres et appelle à repenser notre rapport au vivant. Interrogée par Libération, elle a livré une analyse particulièrement sévère de l'histoire politique de son pays. Selon elle, les gouvernements argentins successifs ont échoué à reconnaître pleinement les peuples originaires. "Non, aucun, les pouvoirs de droite comme de gauche, fascistes comme progressistes, ont mené la même politique", affirme-t-elle lorsqu'elle est interrogée sur la protection des droits autochtones depuis l'indépendance du pays en 1816.
La vision d'une de ses voisines
Moira Millán estime que la construction de l'identité nationale argentine s'est faite au détriment des populations préexistantes. "Leur vision historique se résume à : 'Nous sommes des Européens, des migrants descendus des bateaux'", déclare-t-elle avec amertume. Une formule particulièrement forte qui traduit, selon elle, l'effacement progressif des racines indigènes dans le récit national. La militante va encore plus loin en rappelant que plusieurs figures emblématiques du pays posséderaient des origines autochtones rarement évoquées publiquement. Elle cite notamment Carlos Monzón, Diego Maradona ou encore Evita Perón. "Nier notre existence, c'était par conséquent nier nos droits", souligne-t-elle. L'éducation constitue également l'un de ses principaux combats. Dans la province de Chubut, où elle réside, un dispositif d'enseignement interculturel bilingue existe officiellement.
"Ce terme est une coquille vide"
Mais pour la voisine de Florent Pagny, qui a aussi acheté un bien en Bourgogne, cette reconnaissance demeure largement symbolique. "Ce terme est une coquille vide", déplore-t-elle. Selon ses explications, les programmes manquent de moyens et les enseignants spécialisés bénéficient d'un statut moins avantageux. "Il n'a jamais eu de volonté de perpétuer la culture indigène à travers l'éducation, au contraire, l'éducation est utilisée comme arme de colonisation", affirme encore la militante mapuche. Pour Florent Pagny, qui a trouvé en Patagonie un véritable refuge loin des projecteurs, cette terre est avant tout synonyme de liberté et d'apaisement. Mais les témoignages comme celui de Moira Millán rappellent que derrière les immensités argentines subsistent aussi des blessures historiques.
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